Sapiosexuel·le : et si ton kink, c'était la matière grise ?
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Salutations petites pépites brillantes,
On va causer aujourd'hui d'un terme que le monde entier s'est mis à utiliser : sapiosexuel·le. Sophie Marceau l'a balancé, Gad Elmaleh aussi, mais de quoi parle-t-on exactement ? Tout le monde se demande si iel est concerné·e. Spoiler : c'est moins exclusif qu'on le pense, plus nuancé qu'un quiz BuzzFeed, et la science a son mot à dire. À la fin de cet article, tu sauras si la beauté de l'esprit compte plus pour toi que le physique.
Le terme sapiosexuel vient du latin sapiens (du verbe sapio, p. ex. homo sapiens), qui signifie « être sage, comprendre, apprécier, savoir choisir ». Être sapiosexuel·le, ça signifie être principalement attiré·e par l'intelligence de l'autre. Pas par les abdos, pas par l'apparence physique, pas par la beauté au sens classique. PAR L’INTELLECT !
Pour les sapiosexuels et les sapiosexuelles, l'apparence physique ne constitue pas le critère principal : c'est l'intelligence qui attire, c'est elle qui fait basculer le désir. Les personnes attirées par l'intelligence perçoivent le monde autrement : la beauté d'un raisonnement, la beauté d'une idée les attire plus que la beauté d'un visage. On appelle ça la sapiosexualité.
L'Office québécoise de la langue française, le Wiktionnaire, et la page Wikipédia consacrée au sujet s'accordent. Le terme sapiosexuel apparaît dans Le Robert depuis quelques années : c'est dire l'importance prise par cette identité dans la culture française. Que signifie ce terme au quotidien ? Pour les dites femmes et les dits hommes qui se disent sapiosexuel·les, ça signifie que l'attirance sexuelle se déclenche d'abord face à l'intelligence de l'autre.
Concrètement, ça donne quoi ? Quelqu'un te fait une démonstration brillante sur la philosophie, l'histoire du féminisme, ou la production de fromage en Auvergne, et hop, les papillons. Le préliminaire ultime ? Un bel échange, une discussion passionnée, un débat d'idées, une discussion qui te fait choisir tes mots avec soin. L'idée de partager un moment intellectuel constitue un véritable objet de désir. L'intelligence attire, c'est aussi simple que ça.
L'origine du terme, on la doit à un internaute américain, Darren Stalder, pseudo WolfieBoy. En juillet 1998, il poste sur LiveJournal pour décrire ses propres choix amoureux. Il y écrit chercher « un esprit incisif, perspicace » et vouloir des échanges philosophiques en guise de préliminaires. Le mot « sapiosexual » est né à la lisière des cultures geeks et littéraires.
Le mot reste dans le placard d'internet jusqu'en novembre 2014, quand le site OkCupid l'ajoute à la sélection d'orientations sur sa plateforme. L'émergence médiatique est immédiate à travers le monde. Sauf que face aux critiques (élitisme, snobisme), le site le retire de sa sélection en février 2019.
En France, ce sont Sophie Marceau (en août 2018), puis Gad Elmaleh (déclaration en décembre 2024), qui se sont publiquement déclarés attirés par l'intelligence. L'émergence de cette identité a fait exploser les recherches Google. Depuis, le monde francophone connaît le terme sapiosexuel. Mylène Bertaux, journaliste à Madame Figaro, a montré dès décembre 2015 l'importance du phénomène dans un long article (à consulter sur le site de Madame Figaro). Mylène Bertaux parlait de « transe » pour décrire cette situation face à un esprit brillant. La transe intellectuelle décrite par Bertaux est un réflexe quasi animal : un réflexe de fascination, un réflexe d'attraction face à l'intelligence. Bertaux a montré que cette transe touche aussi bien les dites femmes que les dits hommes, et que cette situation est bien plus répandue qu'on ne le pense.
Rien de scientifique, juste des exemples et des indices ! À toi de reconnaître ce qui te parle :
Tu fonds devant une réplique bien sentie plus que devant un physique avantageux. La beauté d'un mot te touche plus que la beauté d'un visage. C'est l'intelligence qui t'attire.
Le small talk te déprime. Tu veux du fond, des discussions, du débat. La conversation creuse ne t'attire pas.
L'humour intelligent te désarme. Le second degré, les références bien placées : c'est ton aphrodisiaque.
Tu as déjà craqué pour quelqu'un·e dont l'apparence n'était pas ton type. Sa façon de penser t'a embarqué·e : la beauté intellectuelle a pris le dessus.
Tu apprécies celles et ceux qui aiment apprendre et transmettre. L'arrogance te fait fuir. Tu aimes les gens qui aiment partager leur connaissance.
Une discussion passionnée peut t'exciter. L'intensité monte, c'est physique. La discussion, c'est ton préliminaire.
Tes coups de cœur ne dépendent ni du genre, ni du statut social, ni du métier. Le statut ne compte pas. C'est la qualité d'esprit qui t'attire.
Sur les applis, tu lis les bios avant de swiper. Un bon message bien écrit compte plus que 15 selfies.
Tu observes longuement les gens parler avant de leur trouver du charme. Tu peux observer quelqu'un·e parler de son métier ou de sa philosophie pendant des heures. La beauté arrive après.
Tu te montres patient·e quand quelqu'un·e développe une idée. Tu aimes la pensée en construction. C'est ça qui t'attire.
Tu coches 5 cases ou plus ? Bienvenue dans le club des sapios !
En 2018, trois chercheurs de l'Université d'Australie-Occidentale (Gignac, Darbyshire et Ooi) publient une étude dans la revue Intelligence (vol. 66, p. 98-111, p. 102 notamment, à consulter en ligne). Iels interrogent 383 jeunes femmes et hommes entre 18 et 35 ans avec le sapioQ, un outil qu'iels ont créé pour mesurer la sapiosexualité. C'est la plus grande étude jamais menée sur la sapiosexualité.
Entre 1 % et 8 % des participant·es présentent des scores élevés de sapiosexualité. C'est une réalité, pas un effet de mode. Plusieurs études montrent que les dites femmes seraient plus nombreuses que les dits hommes à s'identifier ainsi. La sapiosexualité est aujourd'hui étudiée comme un vrai phénomène.
Le désir augmente avec le QI perçu, jusqu'à un point : le pic se situe autour d'un QI de 120. Au-delà de 135, le désir chute. Trop de matière grise tue le plaisir : la personne devient intimidante. L'aptitude cognitive doit rester partageable. Ce résultat est important et montre quelque chose de grand : on n'est pas attiré·e par l'intelligence absolue, mais par un esprit avec lequel on peut dialoguer. Le plaisir intellectuel est un plaisir relationnel.
Pour les sapiosexuel·les, la sapiosexualité constitue une partie fondamentale de leur sexualité, comme une orientation sexuelle à part entière. Pour la majorité des dictionnaires, c'est plutôt une préférence : choisir des partenaires intelligent·es, c'est un critère de choix, pas une orientation sexuelle au sens strict. Ce débat fait rage. Chacun·e doit choisir comment se définir : préférence ou orientation sexuelle ? On peut être sapiosexuel·le ET hétéro, homo, bi ou pan. Les deux dimensions se superposent.
Se déclarer sapiosexuel·le, ça peut déraper en posture. En août 2019, le Times avait descendu Marlène Schiappa. Certain·es peuvent se servir du terme pour se distinguer. C'est aussi ignorer les autres formes d'intelligence (émotionnelle, manuelle, artistique, relationnelle, spirituelle). Ne pas tenir compte de ce qui ne rentre pas dans son idée de l'intelligence, c'est un piège qui s’apparente à de la condescendance. L'importance de la dimension spirituelle est grande, et il ne faut pas se ficher de la capacité des autres à aimer autrement.
Howard Gardner a théorisé huit types d'aptitudes cognitives. Donc oui, on peut être sapiosexuel·le sans être insupportable. Important de l’avoir en tête !
Fait de l'échange un vrai préliminaire. Choisis tes mots, partage une obsession, ose le débat. L'échange verbal, c'est un échange de connaissance, qui peut se prolonger jour après jour. Les échanges au long cours construisent l'amour amoureux.. Chaque échange est une discussion, chaque discussion est un échange.
Joue avec ton imagination. L'écrit, l'audio érotique, les jeux de rôle : pour un·e sapiosexuel·le, l'imagination transforme chaque situation en moment intense.
Cultive ton érotisme mental. Lis, écoute nos podcasts, va voir des expos. Plus tu nourris ta tête, plus ton désir reste vivace. Apprendre est une chance, jour après jour. L'humain·e a besoin de connaissance, de culture : observer, apprendre, percevoir le monde avec acuité, c'est ce qui nourrit le désir. Apprendre de nouvelles choses, c'est aussi aimer le monde. La culture intellectuelle attire.
Méfie-toi de l'effet halo. Ce réflexe cognitif te fait croire que brillant·e = parfait·e. Ce réflexe peut t'aveugler dans une relation. L'amour et l'attirance sont deux choses différentes.
Si ton ou ta partenaire ne fonctionne pas comme toi, communique. Les échanges stimulants ne sont pas un luxe mais un besoin, important dans une relation. Il faut communiquer et mettre en place des rituels : un débat hebdo, un livre lu ensemble dont vous pouvez discuter, etc...
Depuis la suppression sur OkCupid, plusieurs applis de rencontre utilisent ce terme, et tu peux te distinguer. Si tu te considères sapiosexuel·le, soigne ta bio sur les applis généralistes (Hinge, Bumble, Fruitz, …). Repère les indices chez les autres : livres en photo, vocabulaire utilisé, centres d’intérêt. Attention à ne pas snober : la plus belle rencontre peut surgir d'un profil qui ne montre pas son côté intello. Important de garder l'œil ouvert.
Être sapiosexuel·le, c'est reconnaître que la présence intellectuelle de l'autre est la zone érogène n°1. Une chance pour l'amour, une façon différente d'aimer. Aimer l'intelligence, c'est aussi aimer la vie. C'est une préférence étudiée scientifiquement, vécue par 1 à 8 % des jeunes adultes. Le monde amoureux est infiniment plus riche que les codes prédéfinis voudraient nous le faire croire et est loin d’être basé uniquement sur le physique.
Maintenant, à toi de jouer. Lance une discussion ce soir, lis un livre qui te dépasse un peu. Sois choisi·e pour qui tu es, décide qui te fait vibrer. Aimer l'intelligence de l'autre, c'est aussi s'aimer soi-même.
Des bisous à toustes 💜
🎧 Pour aller plus loin : à écouter sur le podcast Pédagojouie : l'épisode avec Maïa Mazaurette sur l'imagination érotique.