Bonjour Dansantes Herbes Fraîches,
Aujourd'hui on a eu envie de redonner ses lettres de noblesse à une notion quelque peu malmenée ces derniers temps : la nuance, et ce, dans tous les pans de nos vies. Parce qu'on croise un peu partout la sacralisation de la radicalité mais le monde doit - il vraiment être si binaire?
Et si la vraie liberté c'était de sortir de nos cases?
Dès notre plus jeune âge, on nous a appris très tôt à choisir un camp. Team Pikachu ou Bulbizarre (bon là, y' a pas de débat, Bulbi bulbi love), pour ou contre, gentil·le ou méchant·e. Cette manie de tout ranger en deux colonnes ne vient pas de poper dans nos algos et ne s'arrête pas à la fiction : elle s'infiltre dans nos choix du quotidien, dans notre façon d'aimer, dans l'idée qu'on se fait d'une vie "réussie".
Alors on a eu envie de questionner la binarité : d'où vient-elle, à qui profite-t-elle, et surtout, qu'est-ce qui se cache entre l'option A et l'option B érigées en seules réponses.
La binarité, c'est ce réflexe qui pousse à ramener une situation à deux possibilités seulement, quand elle en contient en réalité bien souvent, une infinité. Un choix de consommation, une identité, une trajectoire de vie : tout se retrouve compressé dans deux minuscules cases, comme si le monde ne fonctionnait qu'en mode interrupteur : allumé ou éteint. Apprendre à repérer ce mécanisme, c'est déjà commencer à s'en libérer.
D'où vient notre réflexe de choisir un camp
Spoiler: dès l'enfance (coucou mon psy chéri). Les histoires qu'on nous raconte fonctionnent souvent par duos opposés : héro·ines vs traître·sse, ami·e vs ennemi·e, celui ou celle qu'on "doit" préférer. Les sagas qui ont bercé des générations entières reposaient sur ce ressort narratif : deux prétendant·es, deux camps, et un public sommé de se positionner.
Ce n'est pas un hasard si ce mécanisme fonctionne aussi bien à l'âge adulte, version politique, version marques, version buzz people. Une dualité bien ficelée capte l'attention, crée du débat, et pousse à prendre position. Sur les réseaux sociaux en particulier, la nuance ne fait pas beaucoup d'audience : les algorithmes valorisent ce qui suscite une réaction forte, et rien ne fonctionne mieux qu'un "vous êtes avec nous ou contre nous".
Une des immenses problématiques, c'est que cette logique de camp fonctionne aussi comme un système de contrôle assez efficace : tant qu'on discute de qui a raison entre deux options, on ne se demande plus qui a construit ces deux options, ni pourquoi il n'y en aurait que deux.
L'influence de la nuance dans le quotidien
Certaines binarités sont bien réelles et n'ont rien de dérangeantes : on ne peut pas être à la fois végétarien·ne et carnivore au même repas, il s'agit ici de trancher de manière très claire (au glaive ;). La question n'est donc pas de nier que des choix existent, mais de repérer les fausses oppositions, celles qu'on nous présente comme les deux seules options.
Un exemple simple : les polémiques qui enflamment les réseaux (une célébrité "à défendre" ou "à canceler", une marque "pour" ou "contre"). Elles laissent rarement de place au contexte dans son entièreté, à la nuance, ou tout simplement au fait qu'on puisse avoir un avis partagé, ou pas d'avis du tout. Pourtant, avoir une opinion nuancée, changer d'avis, ou refuser de choisir un clan ne fait pas de vous quelqu'un d'indécis·e ou de "sans convictions". C'est souvent le signe inverse : celui d'avoir pris le temps de regarder avec recul et hauteur pour se diriger vers quelque chose de plus pensé.
Se réapproprier ses choix, c'est aussi accepter qu'ils soient parfois inconfortables à expliquer en une phrase. Une conviction politique, une préférence de consommation, un positionnement sur un sujet de société : tout cela peut cohabiter avec des variantes, des doutes, des évolutions. Ce n'est pas une faiblesse, c'est simplement le reflet d'une pensée vivante.
Cette logique dichotomique se retrouve aussi dans des débats bien plus intimes : faut-il être "team optimiste" ou "team réaliste", plutôt introverti·e ou extraverti·e, plutôt organisé·e ou spontané·e ? Ces étiquettes peuvent aider à se situer, mais elles deviennent limitantes dès qu'on les prend pour des vérités figées. La plupart d'entre nous naviguons entre les deux selon les jours, les moods, les lubies, les personnes en face. Se laisser le droit à cette variation, c'est déjà sortir d'une case qu'on nous avait pourtant à peine demandé de choisir.
Amour et sexualité: sortir des carcans
Le domaine sentimental est sans doute celui où la binarité s'est le plus solidement installée (ô désespoir... heureusement qu'on est là). Les récits amoureux qu'on nous a longtemps racontés reposaient sur un schéma bien précis : deux prétendant·es, un choix à faire, et une fidélité à ce choix comme preuve d'amour ULTIME ET UNIQUE. Ce schéma enseigne, souvent sans qu'on s'en rende compte, que la valeur d'une personne se mesure au fait d'être "choisie", que le désir se joue en mode compétition, et que l'amour consiste à trancher dans le vif.
Cette vision binaire déteint aussi sur la manière dont on pense notre sexualité. Pendant longtemps, le référentiel dominant proposait deux cases (toujours vivaaaantes bordel) : hétéro ou homo, comme si l'attirance ne pouvait se loger que dans l'une ou l'autre. Or la sexualité, l'amour romantique, se pensent aujourd'hui davantage comme un spectre que comme une impression recto verso. Bisexualité, pansexualité, homosexualité, hétérosexualité, asexualité, ou toute nuance entre ces mots : chacune de ces réalités est légitime, et aucune n'a besoin de se justifier en fonction d'une norme binaire.
Il en va de même pour la façon d'aimer et de vivre son intimité : monogamie, relations libres, célibat choisi, formes de couple qui ne rentrent pas dans une définition sociétale prédéfinie. Aucune de ces configurations n'est "la bonne" par défaut. Ce qui compte, c'est que le cadre choisi corresponde à ce que les personnes concernées veulent vivre, en toute connaissance et en plein consentement, plutôt qu'à un modèle imposé de l'extérieur.
Se poser la question "qui m'a présenté ces deux options, et pourquoi seulement deux ?" permet souvent de réaliser qu'on peut se demander ce qu'on désire vraiment, plutôt que ce qu'on est censé·e désirer.
Cette réflexion s'étend naturellement au plaisir et à l'intimité. On grandit souvent avec l'idée qu'il existerait une "bonne" façon de vivre sa sexualité et une "mauvaise", un niveau de désir normal et un niveau anormal, une pratique acceptable et une autre taboue. Là encore, la réalité est bien plus riche qu'une ligne à deux extrémités : chaque personne a son propre rapport au désir, qui peut évoluer avec le temps, les partenaires, les périodes de vie. Il n'y a pas de norme à atteindre, seulement une écoute de soi à cultiver, sans jugement et sans grille de lecture imposée.
En finir avec le sacrosaint Tout ou Rien
La binarité s'invite enfin dans la manière dont on évalue une vie. Carrière ou vie de famille, ambition ou tranquillité, "avoir réussi" ou "avoir raté" quelque chose : ces oppositions donnent l'impression qu'il n'existerait que deux issues possibles, alors que la plupart des trajectoires réelles ressemblent davantage à un dosage personnel, mouvant, qui se réinvente à chaque étape.
On peut vouloir une carrière exigeante à un moment de sa vie, puis ralentir plus tard. On peut désirer une famille sans renoncer à ses ambitions professionnelles, ou choisir de n'avoir ni l'une ni l'autre sans que cela signifie un manque. On peut aussi changer complètement de trajectoire à quarante ans, sans que ce soit un échec du premier chapitre.
Ce qui ressemble à une hésitation ou à une indécision n'est souvent que le refus, sain, de rentrer dans une case trop étroite pour ce qu'on est réellement.
Les injonctions du type "il faut avoir fondé une famille avant 35 ans" ou "il faut avoir réussi professionnellement avant 30 ans" fonctionnent sur le même principe binaire : dans les temps ou hors des clous.
Elles ignorent que les trajectoires de vie ne sont ni linéaires ni comparables entre elles, et que le calendrier de quelqu'un d'autre n'a pas vocation à devenir le vôtre.
(on est ensemble mes queens <3)
La seule vraie question à se poser
Qu'est ce qui m'amène à réfléchir en clivage, en dualité, en dichotomie?
Juste après, essayer vous instinctivement à dessiner une troisième option et racontez nous <3
Vous n'avez jamais été "indécis·e" en refusant de choisir un camp. Et même si vous l'avez été, en quoi est ce un problème?
Dites nous tout en com et à tres vite mes herbes folles <3




